
Il y a quelques années, j’ai été tellement frappée par une série d’affirmations dans un livre scientifique, que c’est tout le cours de ma pensée sur l’art qui en a été infléchi.
C. a poussé un petit cri de surprise. Elle n’avait jamais vu chez personne une telle couleur. Et j’ai eu peur, je ne sais pas trop de quoi, alors que je connaissais tant de choses sur le monde de la nuit. C’était comme si c’était une partie de moi que je ne voulais pas révéler, qui est apparue sans que je puisse rien y faire. Cela m’a tant bousculée que j’ai arrêté de faire des peintures bleu-nuit pendant un certain temps.
ÇA A COMMENCÉ COMME ÇA. En 1982 j’ai découvert que la littérature serait le centre de ma vie. Pourtant tous les trois mois je n’y crois plus. Je sais que je ne suis pas et ne serai jamais un grand écrivain. J’ai sombré tant de fois en pensant que je devrais me consacrer à autre chose. Je me dis que ça ne vaut pas la peine de continuer à me mentir, à me dire que ce qui me regarde c’est l’écriture.
Si quand j’avais douze ans je savais déjà que je voulais être écrivain, et si ensuite ça a été mon but pendant très longtemps, si je ne vivais que pour me mettre un jour à écrire, aujourd’hui la littérature n’est plus le point d’arrivée, le bonheur qui m’attend dans l’avenir. Aujourd’hui la littérature c’est la réalité. Je ne peux rien faire d’autre qu’écrire. Tant bien que mal, je vis pour écrire. Ce n’est pas que je ne peux pas y renoncer, c’est que je n’ai rien d’autre à quoi me raccrocher. Si j’enlève les heures que je passe à écrire, celles que je passe à réfléchir à ce que je devrais écrire, celles que je passe à prendre des notes pour écrire, si j’élimine ces heures, alors, et sans dramatiser, il ne reste rien dans ma vie. Rien.
J’ai inventé des personnages qui me suivent. Ou est-ce moi qui les suis ? Il y a là M, Vladimir, Hans, Le Dingue, Le Rapporteur. Chacun a un peu de ma vie, chacun a quelque chose de moi, est moi. J’ai longtemps suivi Hans. J’ai écrit le journal de sa vie, d’une période de sa vie. Je crois que j’ai voulu un jour être comme Hans, ou être Hans. Mais le pire c’est M, que je n’ai jamais réussi à développer, à connaître tout à fait. Il est comme une menace, c’est lui qui me met en marche.
Des milliers d’heures passées à écrire. La littérature est un art immobile. C’est peut-être ça que je voulais me dire, il y a quelques jours. Écrire, c’est être assis, immobile dans l’agitation infinie. Écrire, c’est faire cas de M. (p. 22-23).
Au sujet de son texte, Anne-Marie Panhaleux écrit: "Le 18ième symposium sur les histoires de vie a eu lieu en octobre dernier à Québec. Le thème était les rencontres transformatrices et, à un stade de mon doctorat où l'écriture de mon histoire de vie s'associe à celle de mes recherches théoriques, j'ai choisi de partager l'un des fils conducteurs, qui met en sens ma relation à la vie et à l'expérience artistique."
Donner à voir ce que se joue dans un processus de création est comme se jeter dans une vague, ne pas trahir le sens de la marée tout en tentant de respirer, de flotter dans ces turbulences pour partager l’indicible.
« Il y aura des moments de doute, de découragement, d'impuissance. Penser que cela se fait uniquement dans la grâce est encore un enfantillage. Les épreuves font partie du chemin. Elles me demandent foi et constance, pour rester là, même dans l'inconfort, même dans la peur d'échouer. Elles testent mon courage. Elles exigent l'audace d'y croire. Avec humilité. »
Painter and intermedia artist Annie Abdalla tells about her caring for Joan, her mother, and the effect it had on her art making.
Clémentine Nogrel écrit sur l'acte d'écrire en écrivant. Dérouler sa pensée au fil des signes et des lignes.
"Lewis Carroll contait qu’Alice serait « curieuse, extravagamment curieuse », ce qui fait d’elle l’exploratrice idéale. Elle brille d’une insouciance instinctive, en s’engageant dans le terrier du Lapin sans songer un seul instant à la manière dont elle pourra en ressortir…"